Monstrueuses créatures

Je souhaite l’amour vivant, l’impossible et le chimérique.
Magritte

De passage à Bruxelles, j’ai pris le temps de contempler ce tableau de Khnopff, inquiétant, ambigu, et fascinant à la fois.

Fernand Khnopff, Des caresses, 1896, huile sur toile (51 x 151 cm), Musée royal fin de siècle, Bruxelles

Peut-être le parallèle que je vais faire est-il sans objet, mais il m’a tout de suite évoqué une autre peinture, l’Oedipe et le sphinx de Gustave Moreau.

Gustave Moreau, Oedipe et le sphinx, 1864, huile sur toile (206 x 105 cm), Metropolitan Museum

Le sphinx, ou plutôt la sphinge (c’est une femelle, d’autant plus redoutable et mauvaise ! ) est un monstre dangereux et meurtrier qui tue les hommes lorsqu’ils ne parviennent pas à résoudre son énigme. Gustave Moreau le rappelle avec la main et le pied d’un agonisant, dans le bas de son tableau.

Et pourtant, dans ces deux oeuvres, cette créature n’est pas le personnage le plus redoutable.

Le tableau de Khnopff est parfois appelé Le sphinx, mais il est plus souvent désigné par le titre Caresses. En effet le monstre y frotte doucement son visage contre celui de l’homme placé à ses côtés. Alors que la créature ferme les yeux avec confiance, le jeune voyageur observe avec froideur, et bien qu’il soit penché vers elle, il garde les muscles tendus, et le poing serré sur son bâton fièrement dressé, posant au héros inflexible.

Ce renversement est plus évident encore chez Gustave Moreau : le sphinx pourrait déchirer le torse nu du jeune homme mais elle ne sort pas les griffes, elle est tout en courbes et en retenue, fascinée par le visage du héros qui la domine, droit, froid, hautain et sûr de son pouvoir. Comme l’autre héros, il tient un bâton. Ici, il s’agit en fait d’une lance ; quoique placée la pointe en bas, elle rappelle cependant qui possède la force et en qui réside le danger.

Qui est le monstre ? Qui est la victime ? Qui est le héros ? Peut-être tous ces personnages sont-ils simplement profondément humains, quelle que soit leur apparence, dans leur ambiguïté, leurs orgueil, leur défiance et et leurs peurs.

Gustave Moreau, Oedipe et le sphinx : http://www.metmuseum.org/art/collection/search/437153

Fernand Khnopff, Des caresses : https://www.fine-arts-museum.be/fr/la-collection/fernand-khnopff-des-caresses?artist=khnopff-fernand-1

Publié dans Mythologie, Peinture | Tagué , , , , | Laisser un commentaire

Let the sunshine in

Avec le printemps, c’est le soleil qui revient. Un soleil bienfaisant qui réchauffe à la fois l’air ambiant et les coeurs.
Bien que Baudelaire soit plutôt le poète du brouillard et de la nuit, il a lui-même consacré un texte au soleil. Bien qu’il le qualifie de « cruel », il lui reconnaît bien des vertus : source de vie, de jeunesse, d’inspiration et d’allégresse, il est l’astre qui dissipe les chagrins et fait éclore les fleurs et les poèmes.
Profitez donc des belles journées actuelles pour aller vous promener au soleil en récitant quelques vers.

Van Gogh, Verger en fleurs, 1889

                           Le soleil
Le long du vieux faubourg, où pendent aux masures
Les persiennes, abri des secrètes luxures,
Quand le soleil cruel frappe à traits redoublés
Sur la ville et les champs, sur les toits et les blés,
Je vais m’exercer seul à ma fantasque escrime,
Flairant dans tous les coins les hasards de la rime,
Trébuchant sur les mots comme sur les pavés
Heurtant parfois des vers depuis longtemps rêvés.
Ce père nourricier, ennemi des chloroses,
Éveille dans les champs les vers comme les roses ;
Il fait s’évaporer les soucis vers le ciel,
Et remplit les cerveaux et les ruches de miel.
C’est lui qui rajeunit les porteurs de béquilles
Et les rend gais et doux comme des jeunes filles,
Et commande aux moissons de croître et de mûrir
Dans le cœur immortel qui toujours veut fleurir !
Quand, ainsi qu’un poète, il descend dans les villes,
Il ennoblit le sort des choses les plus viles,
Et s’introduit en roi, sans bruit et sans valets,
Dans tous les hôpitaux et dans tous les palais.
Publié dans La fleur du mois, Non classé, Poésie | Tagué , , | 2 commentaires

Phèdre

Alexandre Cabanel, Phèdre, 1880

Phèdre, l’une des grandes héroïnes de l’Antiquité, épouse de Thésée et amoureuse du fils de ce dernier, a inspiré les dramaturges et les poètes aussi bien que les peintres. Nous reparlerons bientôt d’elle.

En attendant, vous pouvez aller admirer le tableau de Cabanel à Montpellier, au musée Fabre.

 

Publié dans Mythologie, Peinture | Tagué , , , , , | Laisser un commentaire

Danièle Sallenave, D’amour

 Un texte autobiographique, centré sur deux proches de l’auteure. Sa tante Odette, suicidée sur une voie ferrée peu avant ses soixante-quinze ans, et Pierre, l’ancien amant qui s’est laissé mourir. L’une, incorrigible coquette, qui s’aimait trop et se frottait violemment la peau à l’eau de javel pour en faire disparaître les taches de vieillesse, et l’autre, féru de culture et de peinture italienne, qui ne s’aimait pas. Mais tous deux aimés. Par l’auteure. Par leurs époux respectifs. Et souffrant.

C’est la dernière page, qui figure en quatrième de couverture, qui m’avait attirée. Tout ne m’a pas plu dans ce texte, mais pour ces dernières lignes, il faut le lire.

 » Tu veux choisir l’enfer ? Alors, choisis-le, mais n’hésite pas, ne reste pas dans l’entre-deux, vas-y ! Hurle avec lui, déchire-toi, mais vraiment, et pas seulement du bout des ongles ! Déchire-toi, lacère cette chair vive, ne te ménage pas, ouvre les yeux ! Avance, appuie-toi sur moi, mais avance, je t’en prie, avance ! Ne regarde pas derrière toi, il n’y a que la séduction vile des abris, les familles, le repos sans grandeur. Moi, je n’irai pas plus loin, car au-delà d’un certain point, propre à chacun, il faut aller seul.

Va, ne te retourne pas, tu ne risques rien que tu n’aies déjà perdu. Va, ne crains rien. « 

Publié dans Autobiographie | Tagué , , , | Laisser un commentaire

Marie-Claude Bérot, Ninon-Silence

Un soir, alors qu’elle devrait dormir, Ninon surprend la conversation de ses parents et entend qu’elle n’est pas la fille de son père. Elle se sent alors submergée par les vagues d’une tempête qui n’en finit pas, et se mure dans le silence. Les jours passent et elle semble avoir perdu la parole, alors qu’elle aurait tant à dire et à demander.

Elle parvient à s’exprimer par quelques gestes ou dessins auprès de son amie Sandra qui la connaît si bien, mais c’est surtout avec son grand-père, un vieux berger taiseux qu’elle part retrouver dans les Pyrénées, qu’elle sent finalement que son silence est écouté et compris.

Un beau petit roman, pour les lecteurs à partir d’une dizaine d’années.

Publié dans Jeunesse, Roman | Tagué , , , , | Laisser un commentaire