Le camion est arrivé, les cartons sont bien là, nous n’avons pas oublié les chats. Il ne nous reste plus qu’à faire connaissance avec les voisins … et à tout ranger.

Norman Rockwell, New kids in the neighborhood

Norman Rockwell, New kids in the neighborhood

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Aimer à perdre la raison

Aimer jusqu’à la déchirure
Aimer, même trop, même mal,
Tenter, sans force et sans armure,
D’atteindre l’inaccessible étoile
Joe Darion et Jacques Brel, La quête

Saint-Valentin oblige, voici quelques idées de lectures ou d’émissions consacrées à l’amour.

J’ai découvert tout récemment La Lettre d’une inconnue de Stefan Zweig, une nouvelle qui m’a bouleversée. Le texte est presque exclusivement composé de cette lettre qui contient l’aveu d’une femme à un homme qu’elle a aimé passionnément toute sa vie mais qui l’a toujours ignorée et ne l’a même jamais reconnue, malgré deux aventures et un enfant né de ces brefs moments de plaisir. Une histoire cruelle, une écriture intense et fébrile, et une grande sensibilité dans l’analyse de ce sentiment dévorant. Un livre superbe que je vous recommande particulièrement. Un vrai coup de foudre !

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Je suis aussi revenue à mes amours de jeunesse avec Bérénice, de Racine, que je relis toujours avec la même émotion. « Invitus invitam demisit » : malgré lui, malgré elle, il la renvoya. L’histoire est on ne peut plus simple mais elle me fait venir les larmes aux yeux. La pièce, comme toutes les grandes oeuvres, se révèle un peu plus à chaque lecture, et cette fois j’ai prêté plus d’attention au personnage d’Antiochus, le malheureux et patient confident des deux héros, lui-même épris de Bérénice.

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J’ai enfin accordé une deuxième chance à La porte étroite, de Gide, que j’avais absolument détesté lorsque je l’avais lu vers mes seize ans. Alissa et Jérôme, le narrateur, s’aiment profondément, mais la jeune fille renonce à son fiancé car sa soeur l’aime aussi. Tout le monde se sacrifie, tout le monde est malheureux alors que le bonheur semblait si proche. Un beau gâchis ! Il faut croire que je vieillis, mais cette fois, le sacrifice des deux jeunes filles m’a beaucoup émue.

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Pour les amateurs de radio, France culture diffuse plusieurs conférences sur l’amour. Le philosophe Francis Wolff s’interroge sur sa définition : est-ce un sentiment, un ensemble d’action, une relation entre deux personnes, un état ?
https://www.franceculture.fr/conferences/ecole-normale-superieure/peut-definir-lamour

Quant à Tobie Nathan, il se demande s’il est possible de rendre l’autre amoureux …
https://www.franceculture.fr/conferences/universite-de-nantes/est-il-possible-de-rendre-lautre-amoureux

Je vous souhaite de belles lectures, une bonne écoute, une heureuse Saint-Valentin, beaucoup d’amour et de bonheur …

Chagall, Les amoureux de Vence

Chagall, Les amoureux de Vence

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Rain and tears

Dans le calendrier républicain, pluviôse est l’un des mois d’hiver, à cheval sur janvier et février. Triste saison, pour Baudelaire, propice à la dépression. Le froid, le brouillard, un vieux chat mité, quelques plaintes geignardes dans la nuit et d’anciens amants torturés de regrets … Vivement le printemps !

Albrecht Dürer, Melencolia, 1514

Albrecht Dürer, Melencolia, 1514

Spleen

Pluviôse, irrité contre la ville entière,
De son urne à grands flots verse un froid ténébreux
Aux pâles habitants du voisin cimetière
Et la mortalité sur les faubourgs brumeux.

Mon chat sur le carreau cherchant une litière
Agite sans repos son corps maigre et galeux ;
L’âme d’un vieux pote erre dans la gouttière
Avec la triste voix d’un fantôme frileux.

Le bourdon se lamente, et la bûche enfumée
Accompagne en fausset la pendule enrhumée,
Cependant qu’en un jeu plein de sales parfums,

Héritage fatal d’une vieille hydropique,
Le beau valet de coeur et la dame de pique
Causent sinistrement de leurs amours défunts.

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Le beau danger

Nous avions laissé les compagnons d’Ulysse aux portes de Circé, subjugués par son charme et rêvant déjà à un bienheureux repos. Mais au lieu des délices espérées, c’est un sortilège qui les attend : après leur avoir préparé une potion de sa composition, la déesse les transforme en porcs ! (Plusieurs interprétations ne voient là qu’une révélation de la véritable nature des hommes, mais c’est une autre histoire …)

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Un seul homme s’est méfié, Euryloque, le chef du groupe, qui est resté en arrière et a assisté à la métamorphose de ses amis avant d’aller avertir Ulysse. Faut-il que les autres aient été aveugles au danger ! Sur sa toile, Barker multiplie les indices qui auraient dû les mettre en garde.

Barker, Wright; Circe; Bradford Museums and Galleries; http://www.artuk.org/artworks/circe-23017

Les bêtes sauvages avaient d’abord légitimement inquiété les marins. Leur présence est renforcée par les couleurs du tableau où les tons fauves contrastent avec la blancheur du marbre et de Circé. De plus, bien que la déesse invite les hommes à entrer, le chemin est pratiquement fermé par les animaux, étalés de tout leur long ou massés derrière elle.

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Quoique l’un des grands lions semble particulièrement nonchalant, plusieurs bêtes ont une attitude inquiète ou agressive : le loup de l’escalier montre les crocs, entre peur et colère ; quant à ses congénères que l’on distingue au fond, l’un baisse la tête et l’autre regarde derrière avec les oreilles basses, révélant déjà un mystère inquiétant caché dans l’ombre du palais, derrière Circé.

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Enfin, la branche de lierre qui donnait un peu de vie et de souplesse à la rigidité des colonnes est sans doute aussi un signe du piège qui va se renfermer sur les hommes pour les retenir prisonniers du pouvoir de la déesse (« et dans les ténèbres les lier »).

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C’est donc ce dangereux pouvoir de Circé que devraient remarquer les compagnons d’Uysse, mais ils ne voient rien, fascinés par ses charmes. Faut-il en conclure qu’il suffit de montrer une paire de seins à un homme pour en faire ce que l’on veut ? Est-ce justement une mise en garde de Barker contre la perverse séduction des femmes qui cherchent le pouvoir, inquiétantes de cet excès de liberté ? Ou au contraire un désir trouble de s’étendre à ses pieds pour contempler longuement sa beauté ? Je laisse à chacun le soin de trouver sa propre réponse …

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Sois belle et puissante !

Circé n’est pas seulement belle, elle est aussi puissante, et Barker insiste sur ce point. Il a placé la déesse au centre de la toile, dans la partie supérieure du tableau. Elle s’impose aussi par les couleurs : sa blancheur se détache sur un fond sombre et les regards envoûtés sont attirés vers elle !

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La déesse apparaît majestueuse, et elle affirme sa puissance du haut des quelques marches où elle s’avance, très droite malgré la souplesse de ses gestes, verticale et souveraine au milieu des bêtes horizontales, couchées à ses pieds et soumises à son pouvoir. Elle s’inscrit dans une pyramide formée par les lignes de l’escalier : elle en occupe le sommet alors que les visiteurs qu’elle accueille sont rejetés à sa base, infiniment plus bas.

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Enfin, Circé s’impose en foulant aux pieds la force masculine. Elle écrase la peau d’un grand tigre sous ses fines sandales : plus de griffes, plus de crocs, plus de muscles, rien qu’un grand tapis destiné à adoucir le sol sous ses pas !

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Si les marins n’étaient pas si fascinés par sa beauté, ils remarqueraient le pouvoir écrasant de la déesse, et le danger qui les guette. Mais comment réfléchir devant une telle apparition ?

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