Arturo Pérez-Reverte, Le capitaine Alatriste

Lorsque j’étais adolescente, j’ai dévoré Les trois mousquetaires de Dumas et je garde un goût prononcé pour les romans de cape et d’épée.

Je me suis donc laissé séduire par la couverture du Capitaine Alatriste d’Arturo Pérez-Reverte : sous un chapeau gigantesque, un beau ténébreux à l’oeil noir et à la moustache fine se prépare au combat. Habileté à l’épée, fierté ombrageuse, visage à la fois mélancolique et résolu, j’y retrouve à la fois Cyrano, Sigognac et d’Artagnan ; je ne suis pas loin de tomber amoureuse du personnage comme quand j’avais quatorze ans !

Et je n’ai pas été déçue ; le beau bretteur s’est révélé à la hauteur de mes rêveries de petite fille (enfin, d’ex petite fille) ! Ancien soldat sans le sou, Alatriste vend son bras et son épée aux maris trompés, aux créanciers impatients ou aux riches Madrilènes aussi soucieux de venger leur honneur que de préserver leur vie. C’est ainsi que le spadassin est engagé par des hommes masqués pour tendre une embuscade à deux mystérieux voyageurs… et qu’il se retrouve malgré lui au coeur d’un complot politique et religieux.

Le roman de Pérez-Reverte nous jette dans l’aventure tout en nous plongeant dans l’Espagne du siècle d’or. En suivant le capitaine, nous découvrons les tavernes de Madrid mais nous côtoyons aussi Vélazquez, Calderon et le jeune Philippe IV. Ainsi qu’un autre personnage historique, Buckingham, que j’avais justement découvert chez Dumas. Je retrouve tout le plaisir de mes premières amours !

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Chienne de canicule !

Tout le pays souffre en ce moment de la canicule. Chacun essaie de trouver un peu de fraîcheur et fait preuve d’ingéniosité pour éviter cette chaleur accablante ou pour la rendre moins pénible mais peu de gens connaissent le vrai coupable de cette fournaise. Car il en existe un ! Je vous le livre en exclusivité, le responsable de la canicule … est un chien. Ou plus précisément une chienne, une petite chienne !

Non, je ne suis pas victime d’une insolation et je ne délire pas ; l’explication est finalement bien simple.

Dans la mythologie grecque, Sirius était le chien du chasseur Orion. Lorsque son maître mourut, il fut transformé en constellation par Artémis et, pour ne pas le séparer de son fidèle compagnon, la déesse créa en même temps celle du Grand Chien (Canis Major), dont Sirius devint l’étoile la plus brillante. Cet astre était nommé canicula c’est-à-dire « la petite chienne ».

Illustration de l’Atlas coelestes, 1753.

Or, pendant les périodes de forte chaleur, de fin juillet à fin août, l’étoile se lève et se couche en même temps que le soleil. Il était donc tentant de voir un lien entre les deux phénomènes et d’associer les températures excessives à cette canicula. C’est ce que nous faisons encore aujourd’hui sans le savoir !

Pour conclure avec un texte de circonstance, voici un poème d’Anna de Noailles.

        Chaleur

Tout luit, tout bleuit, tout bruit ;
Le jour est brûlant comme un fruit
Que le soleil fendille et cuit.

Chaque petite feuille est chaude
Et miroite dans l’air où rôde
Comme un parfum de reine-claude.

Du soleil comme de l’eau pleut
Sur tout le pays jaune et bleu
Qui grésille et oscille un peu.

Un infini plaisir de vivre
S’élance de la forêt ivre,
Des blés roses comme du cuivre.

 

Van Gogh, Champ de blé aux corbeaux, 1890
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Anne-José Lemonnier, Lettre à l’Océan

Un petit livre comme une longue lettre adressée non à l’océan mais à une morte, Laure. Claire, la vivante lui parle jour après jour, saison après saison, pour combler le manque, pour constater ce qui ne sera plus, pour dire sa douleur. Les mots de cette belle prose poétique viennent comme les vagues, construits en très courts chapitres qui se recouvrent les uns après les autres, et suivent le rythme d’une marche le long des chemins côtiers. La mort jalonne chaque page mais se fait progressivement plus familière sur le chemin du deuil finalement accepté.

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Souvenirs, souvenirs

Ce début de mai est bien gris, et la pluie qui tombe avec obstination propice aux rêveries mélancoliques. Je regarde les nuages à travers ma fenêtre, j’écoute le bruit des gouttes, je jette un oeil au chat qui est plongé dans une sieste frileuse. Très baudelairien … Un jour de spleen.

Le premier des spleens exprime précisément cette lourdeur des longues journées d’ennui. Secrets enfouis, traces des amours passées, dettes et procès, tout y est pesant et marqué par la mort. Les plus chers souvenirs sont dévorés par les remords, l’esprit du poète devient une fosse commune que rien n’éclaire et cette force destructrice du passé dévore même le présent où la matière vivante est transformée en pierre.

Philippe de Champaigne, Vanité, 1671, huile sur toile (28 x 37 cm), Musée de Tessé, Le Mans

                Spleen

J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans.

Un gros meuble à tiroirs encombré de bilans
De vers, de billets doux, de procès, de romances,
Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances,
Cache moins de secrets que mon triste cerveau.
C’est une pyramide, un immense caveau,
Qui contient plus de morts que la fosse commune.
– Je suis un cimetière abhorré de la lune,
Où comme des remords se traînent de longs vers
Qui s’acharnent toujours sur mes morts les plus chers.
Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées,
Où gît tout un fouillis de modes surannées,
Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher
Hument le vieux parfum d’un flacon débouché.

Rien n’égale en longueur les boiteuses journées,
Quand sous les lourds flocons des neigeuses années
L’ennui, fruit de la morne incuriosité,
Prend les proportions de l’immortalité.
– Désormais tu n’es plus, ô matière vivante !
Qu’un granit entouré d’une vague épouvante,
Assoupi dans le fond d’un Sahara brumeux ;
Un vieux sphinx ignoré du monde insoucieux,
Oublié sur la carte, et dont l’humeur farouche
Ne chante qu’aux rayons du soleil qui se couche.

 

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Au pied de la lettre

Enfants, vous vous êtes peut-être déjà interrogés sur certaines expressions imagées dont le sens figuré vous avait échappé. Monter sur ses grands chevaux, danser devant le buffet ou être soupe au lait … autant de moments de perplexité pour moi lorsque j’avais découvert ces phrases pour la première fois.

Brueghel l’Ancien, grand spécialiste des scènes populaires de village, s’est attaché à représenter les proverbes de son pays, en peignant leur sens littéral dans une composition foisonnante mais virtuose et remarquablement équilibrée. Certains spécialistes y reconnaissent jusqu’à 120 expressions.

Pieter Brueghel l’Ancien, Les proverbes flamands, 1559, huile sur bois (117 x 163 cm), Gemäldegalerie, Berlin

Le tableau est exposé à Berlin, à la Gemäldegalerie. En attendant de la visiter, vous pouvez vous rendre sur la page de La boite verte qui répertorie clairement plus de quatre-vingts références de l’oeuvre.

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